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Les 14 jours de rétractation ne courent pas quand on croit

Avatar de Aurélien Peyrouse-Mandin

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Un client écrit treize jours après avoir passé commande pour se rétracter. Le marchand, en réflexe, compte depuis la date de commande et refuse : trop tard. Sauf que le délai n’a peut-être même pas commencé à courir, ou vient tout juste de s’ouvrir. Le point de départ légal du droit de rétractation n’est pas la commande, c’est la réception du bien.

Le point de départ, souvent mal compté

Pour un achat de bien matériel, le délai de quatorze jours débute le jour où le consommateur, ou un tiers qu’il a désigné, prend physiquement possession du produit — pas le jour du paiement, pas le jour de l’expédition. Pour une commande découpée en plusieurs livraisons ou en plusieurs lots, le délai part de la réception du dernier lot. Pour un contrat de service sans bien livré, le point de départ est la conclusion du contrat. Cette distinction change concrètement la date limite, souvent de plusieurs jours par rapport à ce qu’un service client calcule de tête.

« Le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours pour exercer son droit de rétractation d’un contrat conclu à distance (…) sans avoir à motiver sa décision ni à supporter d’autres coûts. » — Code de la consommation, article L221-18

Les exceptions que le Code prévoit

Le droit de rétractation ne s’applique pas à tout. Sont notamment exclus les biens confectionnés selon les spécifications du consommateur ou nettement personnalisés, les biens susceptibles de se détériorer ou de se périmer rapidement, les biens descellés après livraison qui ne peuvent être renvoyés pour des raisons d’hygiène ou de protection de la santé, les enregistrements audio ou vidéo descellés, et les contenus numériques fournis sur support immatériel dont l’exécution a commencé avec l’accord exprès du client et sa renonciation expresse au droit de rétractation. Un marchand qui vend des produits entrant dans ces catégories doit l’indiquer clairement avant l’achat — l’exception ne se plaide pas après coup si elle n’a jamais été mentionnée.

Qui paie le retour, et qui rembourse quoi

Sauf si le vendeur propose de les prendre en charge, les frais de retour restent à la charge du consommateur — à condition que cette règle ait été annoncée avant la commande. Si le marchand ne l’a pas précisé, les frais de retour lui incombent. Le remboursement, lui, doit intervenir sans retard excessif et au plus tard quatorze jours après que le vendeur a été informé de la décision de rétractation — pas quatorze jours après réception du colis retourné. Le vendeur peut toutefois différer le remboursement jusqu’à récupération du bien, ou jusqu’à preuve d’expédition par le client, la date la plus tôt des deux faisant foi.

Les mentions que la DGCCRF contrôle

L’information sur le droit de rétractation — existence, délai, modalités, formulaire type — doit figurer de façon claire avant la conclusion du contrat, pas seulement dans des conditions générales enfouies. Un défaut d’information a une conséquence lourde : le délai de rétractation est prolongé de douze mois si le consommateur n’a pas reçu cette information au moment de l’achat. La DGCCRF contrôle régulièrement ces mentions lors de ses campagnes de vérification des sites marchands, aux côtés des mentions sur les prix, les frais de livraison et les caractéristiques essentielles du produit.

Pour un marchand, la meilleure protection reste une page dédiée, distincte des conditions générales, qui affiche le point de départ exact du délai selon le type de produit vendu, la procédure de retour et le formulaire type. Cela évite le débat au cas par cas et réduit le nombre de litiges qui remontent jusqu’à un médiateur. Le texte intégral de l’obligation figure dans le Code de la consommation, consultable sur Légifrance, et les modalités pratiques sont résumées par service-public.fr dans ses fiches consacrées à la vente à distance.

Le sujet touche de près à la question du respect des obligations administratives d’un commerçant en ligne : une mention manquante sur le droit de rétractation a le même effet mécanique qu’une déclaration oubliée — elle coûte plus cher plus tard que le temps qu’il aurait fallu pour la rédiger correctement dès le départ.


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