Hacking Croissance

Acquisition, conversion, rétention — sans baratin

Un prêt bancaire se négocie sur la garantie autant que le taux

Avatar de Aurélien Peyrouse-Mandin

·

4 min de lecture

Face à deux propositions de prêt bancaire, le réflexe est de comparer les taux d’intérêt affichés et de s’arrêter là. C’est une lecture incomplète. Ce que le prêt engage en garantie — ce qui peut être saisi ou mobilisé en cas de défaut — pèse souvent plus lourd sur le coût réel et le risque pris que quelques dixièmes de point de taux.

Caution personnelle, nantissement, garantie Bpifrance : trois engagements différents

La caution personnelle engage le patrimoine propre du dirigeant, au-delà de celui de l’entreprise : en cas de défaut de paiement, la banque peut se retourner directement contre les biens personnels du dirigeant qui s’est porté caution, dans la limite du montant garanti. C’est l’engagement le plus lourd pour un chef d’entreprise, parce qu’il fait tomber la frontière censée protéger le patrimoine personnel derrière une structure sociétaire.

Le nantissement porte sur un bien précis de l’entreprise — un fonds de commerce, du matériel, des titres — que la banque peut faire vendre en cas de défaut, sans toucher au patrimoine personnel du dirigeant. Il reste un engagement réel, mais circonscrit à un actif identifié plutôt qu’étendu à l’ensemble du patrimoine.

La garantie Bpifrance fonctionne différemment : Bpifrance se porte garante d’une partie du prêt auprès de la banque, ce qui réduit le risque pris par celle-ci et facilite l’accès au crédit, notamment pour une entreprise jeune ou peu capitalisée. Cette garantie a un coût, généralement une commission, mais elle évite souvent d’avoir à mobiliser une caution personnelle aussi large qu’elle l’aurait été sans ce dispositif.

L’assurance emprunteur, un coût qu’on sous-évalue

L’assurance emprunteur, qui couvre le remboursement du prêt en cas de décès, d’invalidité ou parfois de perte d’exploitation, représente un coût récurrent qui s’additionne au taux nominal du crédit mais qui n’apparaît pas toujours avec la même visibilité dans les comparaisons. Deux prêts au même taux nominal, avec des conditions d’assurance différentes, peuvent afficher un coût total très différent une fois l’assurance intégrée. Ce poste mérite d’être négocié et comparé séparément du taux, pas absorbé dans une lecture globale trop rapide de l’offre.

Frais de dossier et indemnités de remboursement anticipé

Les frais de dossier, souvent présentés comme un montant fixe ou un pourcentage marginal du prêt, s’ajoutent au coût total et se négocient plus facilement qu’on ne le pense, en particulier lorsque plusieurs établissements sont mis en concurrence sur le même dossier. Les indemnités de remboursement anticipé, dues si l’entreprise solde le prêt avant son terme prévu — par exemple après une levée de fonds ou une cession — sont souvent ignorées au moment de la signature, alors qu’elles peuvent représenter un coût significatif si l’entreprise se développe plus vite que prévu et cherche à se refinancer.

Pourquoi un taux plus bas peut coûter plus cher

Une offre à un taux légèrement inférieur, mais assortie d’une caution personnelle large et d’une assurance emprunteur coûteuse, peut au final coûter plus cher et engager davantage qu’une offre à un taux plus élevé, garantie par un nantissement circonscrit ou une garantie Bpifrance, avec une assurance emprunteur plus légère. Le taux nominal ne mesure qu’une partie du coût et aucune partie du risque personnel pris par le dirigeant. Comparer deux offres suppose donc de mettre côte à côte quatre éléments — taux, garantie, assurance, frais annexes — et pas seulement le premier d’entre eux.

Des informations générales sur les dispositifs de garantie et de financement des entreprises sont publiées par Bpifrance. Aucun élément de cet article ne constitue une recommandation en faveur d’un établissement, d’un produit de financement ou d’un montage particulier : il s’agit d’expliquer ce que chaque type de garantie engage, pas de conseiller lequel choisir. La question du coût réel d’un financement rejoint directement celle du calendrier de paiement entre entreprises, puisqu’un prêt mal calibré par rapport aux encaissements attendus crée exactement le type de tension de trésorerie qu’il était censé résoudre.


Avatar de Aurélien Peyrouse-Mandin

À lire aussi